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Cela faisait quelques mois que la Licra n’avait pas pris la parole au niveau national de manière un peu institutionnelle et en dehors de tout contexte politique, judiciaire ou médiatique. La nouvelle campagne de l’association conçue par Publicis s’intitule « Ne laissons pas internet devenir l’arme du racisme ». Le film, dévoilé lors d’un colloque organisé par la Licra met en scène des militants d’extrême-droite recherchant des armes et qui choisissent finalement un ordinateur. L’objectif de cette campagne est d’alerter le public concernant les contenus racistes diffusés sur Internet. La Licra est  en effet sollicitée par les internautes qui lui signalent ce type de contenus et ces signalements augmentent de manière exponentielle d’une année sur l’autre. Diffusé sur internet, ce film devrait être diffusé gracieusement par certaines chaînes de télévision. On imagine (espère) que le service public devrait les diffuser.

 

 

Des contenus racistes en augmentation

 

Cette question la Licra se la pose depuis longtemps. Membre actif de l’INACH, L’International Network Against Cyber Hate, ce réseau d’ONG organisait cette semaine un colloque à Paris autour de la préservation de l’environnement virtuel. Ce colloque s’est ouvert sur un constant sans appel « « Faute d’une régulation suffisante, la Toile est aujourd’hui un accélérateur du phénomène de banalisation de l’acte raciste ».

Dans un communiqué de presse, l’association a rappelé que « le nombre de contenus racistes et antisémites pour lesquels elle a été sollicitée a augmenté de 74% ces douze derniers mois. En dépit de cette hausse exponentielle des contenus délictueux sur le Web, l’harmonisation des législations internationales relève toujours de l’utopie et les pouvoirs publics français, de leur côté, demeurent encore trop attentistes. La LICRA déplore à ce propos l’absence de réaction du gouvernement au rapport (« Lutter contre le racisme sur Internet ») que Madame Isabelle Falque-Pierrotin a remis au Premier Ministre il y a maintenant plus de 18 mois. »

 

 

Le rôle des médias


Intervenant lors du colloque de l’Inach, Pierre Haski qui a live-twitté une partie des débats a mis en avant la responsabilité sociale, concept abordé lors de la conférence. Pour Pierre lui  « Parler de responsabilité sociale sur Twitter me donne l'impression d'employer des gros mots... Concept encore peu connu en France. »

 

 

Interloquée par cette réflexion, je l’ai interrogé à ce sujet et il a accepté de m’en dire un peu plus.

 

 

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Esprit de contradiction : qu'est-ce qui vous fait penser que « responsabilité sociale » est un gros mot sur Twitter ?

 

Pierre Haski : Pour avoir vécu à l'étranger à plusieurs reprises, j'ai le sentiment d'un vrai décalage entre le monde anglo-saxon et la France sur la RSE. Il y a plus de cynisme en France, et c'est ce cynisme que je sens sur Twitter. On se sent incongru à évoquer des questions graves comme celles-ci. C'est une des faiblesses du réseau : il est très réactif et très vivant sur les événements à chaud, mais peu accueillant pour les questions de fond. Pour faire court, je sais que ne vais pas me faire RT sur la responsabilité sociale...

 

Avez-vous perçu lors du colloque de l'Inach une différence d'approche radicale entre les médias français et les médias européens représentés lors de la conférence (Suédois notamment)?

 

Non, il n'y a pas de réelle différence de valeurs entre l'attitude des médias représentés, mais c'est dans le concret qu'il y a des différences d'approches. Le journal suédois Aftonbladet avec lequel je partageais la tribune (les autres étaient chercheurs ou le patron de Concileo, qui fait de la modération des commentaires) a pris une mesure radicale en faisant passer ses commentaires par Facebook pour en finir avec l'anonymat parce qu'il a eu des gros problèmes.

 

Pour les associations de lutte contre les discriminations, internet reste un outil qui fait peur. Pensez-vous que cette approche soit liée à la sociologie des militants de ces associations ?

Paradoxalement, le monde associatif a pris du retard par rapport à la compréhension de la manière dont l'info circule sur le web. Je dis paradoxalement car on se serait attendu à ce qu'il soit en flèche. Problème sociologique, générationnel ? Je ne sais pas réellement. Par exemple, j'ai croisé l'autre jour à un festival de journalistes en Italie un responsable européen de MSF, pourtant assez jeune, qui m'a dit qu'ils étaient largués sur Twitter. 

Le résultat est qu'on redoute ce qu'on comprend mal, en particulier lorsqu'il existe des phénomènes négatifs, au lieu d'apprendre à l'utiliser pour contrer ces phénomènes et faire entendre d'autres voix.

 

Les associations de lutte contre les discriminations doivent apprendre à se servir des réseaux sociaux


Si de nombreux responsables associatifs sont convaincus de l’importance d’investir les réseaux sociaux, peu d’association ont compris quel levier ils peuvent constituer. 

 

Petite illustration à travers cette campagne de la Licra. Celle-ci a été relayée auprès des médias traditionnels, mais elle n’a pas fait l’objet d’une communication particulière auprès des blogueurs. Car pour lutter contre les contenus racistes sur internet, certes l’arsenal législatif a son importance, mais on constate vite les limites d’une telle approche. Comme l’explique Philippe Schmidt, Président de l’Inach et Vice-Président de la Licra en charge des relations internationales dans le dernier numéro du Droit de Vivre, une partie du travail de l’Inach est de  «sensibiliser chacun à la responsabilité sociale qui lui incombe sur internet. Il va sans dire que  plus on est puissant, plus cette responsabilité est grande vis-à-vis de la collectivité ». Si les médias sont convaincus pour la plupart de leur responsabilité, le travail de sensibilisation doit se conduire directement auprès des internautes et notamment des relais influents. 

 

 

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C’est finalement à cet endroit que l’on attendrait aussi les associations, sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, celles qui sont présentes relaient les contenus de leurs sites internet ou leur revue de presse, font connaître leur actualité, mais peu engagent le dialogue directement avec les internautes. Voici donc le prochain chantier auquel pourraient s’atteler l’Inach et la Licra : construire un réseau d’allié sur le web : community managers, blogueurs, patrons de presse, rédacteurs en chef. Tous ces acteurs sont confrontés à la diffusion de contenus racistes, les modèrent. Le sujet a d’ailleurs été abordé au colloque de l’Inach (auquel je n’ai malheureusement pas pu assister) : les commentaires sont en effet un des enjeux essentiels de la lutte contre le racisme sur internet.

 

Former des alliances de blogueurs et CM bénévoles, une prochaine étape ?

 

S’il est important de faire respecter la loi et poursuivre les personnes qui diffusent les contenus délictueux, les associations ont souvent des difficultés à dialoguer avec les acteurs des réseaux sociaux comme Facebook. Tisser des liens avec des professionnels du Web 2.0 est donc une nécessité pour d’une part que les associations s’emparent mieux des réseaux sociaux, mais surtout se créent des réseaux d’alliés. La Licra parle très souvent de son rôle de veille et d’alerte. Sur les réseaux sociaux, toutes les associations  de lutte contre le racisme doivent faire passer l’idée de responsabilité sociale de leurs acteurs, afin d’être plus efficaces.

 

 

La nouvelle campagne de la Licra conçue par Publicis 

 

 

 

Tag(s) : #Discriminations